Passé composé

Jean-Dominic Leduc – Journal de Montréal 13-03-10

Grégoire Bouchard est de ces artistes sans concession qui travaillent avec vigueur à la construction d’une oeuvre plus grande que nature. Patiemment, il pose un à un les jalons de son univers unique.

Chaque nouvelle sortie d’album de l’artiste montréalais est l’occasion de s’extasier devant l’immensité de son talent. Il y met du temps certes, mais l’attente en est toujours grandement récompensée. Ayant débuté les aventures de Bob Leclerc, son personnage phare, dans les pages du fanzine Iceberg au début des années 90, il ne cesse depuis d’en explorer l’univers. « En fait, j’ai toujours dessiné la même chose. Depuis, j’ai peaufiné le personnage et fixé l’ambiance visuelle dans les années 50. J’adore creuser le même sillon, repousser ses propres limites. » Expose avec enthousiasme Grégoire Bouchard. « Mais il s’agit davantage d’une uchronie de ces années que d’une reconstitution fidèle. Le travail de recherche m’intéresse peu. Je préfère aborder l’époque d’après l’idée qu’on s’en fait. »

ALBUMS

Venant de l’univers de l’undergroud montréalais, Grégoire Bouchard aborde le travail sous l’angle de la vocation, et non celui d’un simple métier. Il dessine 7 jours sur sept, à raison de sept heures par jour. Il aime s’immerger dans de longs projets. Ce qui explique que l’artiste compte seulement deux albums à son actif: Planète Twist (Ed. 400 Coups/Zone Convective, 2001)et Vers les mondes lointains (Ed. Paquet, 2008).

Vers les mondes lointains p.22, Grégoire Bouchard, Ed. Paquet (2008)

Vers les mondes lointains p.22, Grégoire Bouchard, Ed. Paquet (2008)

Si le premier est un projet de commande publié aux éditions 400 Coups au début des années 2000, toujours dans l’univers de son personnage fétiche, le second, publié par l’éditeur européen Paquet en 2008, nous plonge dans les souvenirs l’ancien pilote de guerre Bob Leclerc.

L’extraréalisme de son trait est inspiré de Charles Burns, Hergé, Jacobs, mais aussi de Munoz et Sampayo, qui l’auraient d’ailleurs convaincu que la bande dessinée est un médium capable de rendre la densité et la profondeur d’une oeuvre littéraire. L’artiste a su, avec une acuité rare, brosser le portrait d’une société xénophobe ravagée de l’intérieur. Cette dégénérescence se retrouve croquée dans chaque coup de crayon, ce qui insuffle au récit une aura d’étrangeté.

Il travaille à mettre la dernière touche au second tome de Vers les modes lointains, un pavé de 365, qu’il aura mis seulement 4 ans à compléter. « J’en suis très fier. Longtemps, mon travail me déprimait une fois publié. Mais depuis quelques années, j’y ai enfin trouvé satisfaction. Heureusement, car j’entends bien poursuivre le travail jusqu’à mon dernier souffle! » Dès cet été, il entend reprendre les reines d’une nouvelle aventure de Bob Leclerc.

Vers les mondes lointains, Croquis, Grégoire Bouchard, Ed. Fichtre (2008)

Vers les mondes lointains, Grégoire Bouchard, carnet de croquis produit à petit tirage par Ed. Fichtre (2008)

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