La fougue de la jeunesse

Jean-Dominic Leduc – Journal de Montréal 12-11-04

Après Mertownville, sa série en trois tomes aux éditions Pacquet, et Luck chez Dargaud, l’artiste québécois Michel Falardeau publiait en septembre dernier son nouvel opus French Kiss 1986 à la maison, chez Glénat Québec.

L’album est d’abord paru quelques semaines plus tôt en France, où les critiques ont d’ailleurs toutes été bonnes. Et pour cause, car le bédéiste s’est littéralement surpassé dans ce nouvel album où l’adolescence est une fois de plus au coeur du récit. « Malgré que l’adolescence soit le dénominateur commun de mes albums publiés à ce jour, ce n’est pas pour autant ma principale source d’inspiration. » Lance-t-il en riant au bout du fil, de son atelier de Bordeaux, où il termine une résidence. « Ça s’explique plutôt par le simple fait que ce sont mes projets les plus terre à terre qui ont été retenus par les éditeurs.« 

HOMMAGE

French Kiss 1986 raconte l’histoire d’une guerre de jeune de cartier divisé en deux clans, où nait de cette rivalité un amour de jeunesse. L’auteur avoue avoir voulu rendre hommage au cinéma des années 80, qui a bercé son enfance, tels Les Goonies et La Guerre des Tuques, mais aussi à ses amis et sa famille, qu’il s’est amusé à croqué dans les rôles secondaires. « J’ai tellement eu de plaisir à mettre en scène les gens de mon entourage dans des situations impossibles, comme mon cousin, qui passe l’album complet à morver. » S’esclaffe l’auteur. « J’ai avoir hâte de voir leur réaction! » L’artiste Jeik Dion, illustrateur d’Émeute à Golden Gate paru plus tôt cette année aux éditions Front Froid, est d’ailleurs de la distribution.

French Kiss 1986, Michel Falardeau, Glénat Québec, 2012

French Kiss 1986 p.20, Michel Falardeau, Glénat Québec, 2012

L’ÉCRITURE

Lui qui travaillait sans plan ni scénario pré-établi, voilà qu’il s’est mis à la tâche de pondre un scénario avant d’attaquer le dessin. « Avant, j’improvisais, j’y allais au gré de l’inspiration. Pour French Kiss 1986, je me suis imposé une méthode de travail. » Résultat? Le récit est diablement bien construit, le rythme y est bon, les personnages sont clairement définis, le découpage est impeccable, et le dessin, magnifique.

L’album s’adresse à un vaste lectorat, abordant les thèmes universels de l’enfance et des amours de jeunesse. Les clins d’oeil à la culture des années 80 pullulent sans nullement gêner la compréhension de lecteurs n’ayant pas connu cette décennie. Comme le cinéaste André Melançon l’a brillamment fait 30 ans plus tôt avec sa Guerre des Tuques, Michel Falardeau insuffle à son récit une belle dose de candeur qu’on reçoit avec grand bonheur, surtout en cette époque de désillusion où l’innocence nous semble si loin.

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