J’AI DIT – CACHEZ CE TINTIN QUE JE NE SAURAIS VOIR

Le 7 septembre dernier, le journaliste de Radio-Canada Thomas Gerbet nous apprenait via le site du diffuseur public que des bibliothèques du Conseil scolaire catholique Providence en Ontario, regroupant une trentaine d’écoles francophones, ont procédé à la destruction de 5000 livres jeunesse – dont certains albums de Tintin, Lucky Luke et Astérix – abordant la question autochtone dans le but d’amorcer une réconciliation avec les Premières Nations. Ayant pour but de « tourner le négatif en positif », une cérémonie de « purification par la flamme » – dont les cendres ont servi comme engrais – s’est tenue. Le tout piloté par une supposée gardienne du savoir 3 se prétendant autochtone, qui sans grande surprise, est allochtone depuis au moins 7 générations. Bien que le Conseil scolaire se soit rapidement rétracté suite au tollé, le sujet autochtone demeure quant à lui sensible. 

Passé outre l’indignation de circonstance sur les médias sociaux, que peut-il être fait afin d’amorcer un véritable dialogue avec ces gens dont les ancêtres ont foulé ces (leurs) terres bien avant les premiers colons français ? L’Histoire nous a depuis longtemps enseigné que la mise à l’index et la censure ne sont que l’outil ultime de l’éradication. Au siècle de la découverte du nouveau continent, Molière écrivait Le tartuffe ou l’imposteur. C’est dire.

L’éducation, nous semble-t-il, est l’unique réponse à cette crise.

Conséquemment, nous invitons nos collègues libraires et bibliothécaires, les différentes associations qui les représentent ainsi que les lectrices et lecteurs passionnés à faire ce à quoi ils excellent le mieux : conseiller de la lecture pour élargir nos perspectives. Pourquoi ne pas mettre de l’avant des ouvrages et oeuvres d’art qui traitent du sujet autochtone ? Après tout, ces différentes cultures tendent à disparaître dans une lente agonie. Ne serait-il pas le moment d’aller à leur rencontre, tendre l’oreille et se taire, afin de comprendre et découvrir l’autre qui a tant à nous partager ?

Nous lançons donc l’initiative #réconciLit (amalgame des mots réconciliation et lecture), une action positive et structurante qui a pour but de faire découvrir des travaux et oeuvres abordant le sujet autochtone sous différents angles.

Nous vous recommandons la lecture des excellentes et savantes bandes dessinées TRACES DE MOCASSINS de Louis Rémillard publié aux éditions Moelle Graphic ainsi que C’EST LE QUÉBEC QUI EST NÉ DANS MON PAYS d’Emannuelle Dufour des éditions Écosociété. 

Et vous, que recommandez-vous ?

J’ai dit.

J’AI DIT – #PETITEGENE

Premier éditorial d’une série intitulée J’AI DIT, publié sur le site de la LIBRAIRIE Z

Le 13 janvier dernier, les Éditions La Pastèque annonçaient sur Facebook que Paul à la maison de Michel Rabagliati était de la courte liste des prétendants au Prix du public – France Télévisions du Festival International de la Bande Dessinée d’Angoulême. Cette fabuleuse nouvelle fut partagée par bon nombres d’internautes, dont l’artiste Jean-Paul Eid (Jérôme Bigras, Memoria, La femme aux cartes postales). Dans son statut, Eid souligne que l’album n’avait pas été présélectionné pour le prix Bédélys Québec, suivi du hashtag #petitegene. Il n’en fallut pas plus pour piquer au vif l’un des membres du jury, qui épanchât immédiatement sa bile au nom d’un ereintement face aux attaques répétées d’un groupuscule du milieu. « Toujours amer de pas avoir été nominé en 2016 Jean-Paul? » Puis s’ensuit un long échange, où le jury en question mène une fois de plus l’assaut « Je m’inquiétais juste pour tes nerfs, ça fait depuis 2016 que tu fais des sorties publiques contre les prix Bédélys (et jamais avant, c’est bizarre hein?). Je te souhaite juste que ça passe, c’est tout, c’est pas drôle l’amertume, ça mine le moral.  »

Les Bédélys, qu’en sait-on ? 

Fondé en 1999 par François Mayeu (propriétaire de la librairie montréalaise Planète BD et instigateur du Festival BD de Montréal) l’organisme Promo 9e Art lance son prix. Dans son mot de président du feuillet produit en 2009 dans le cadre du 10e anniversaire, on peut y lire que Promo 9e Art  « … décide qu’à l’instar du cinéma, de la littérature ou de la chanson, la bande dessinée devrait avoir ses propres prix. Il était difficile pour le grand public ou les institutions de connaître quelles étaient les meilleures publications de l’année. Il y avait bien sûr des récompenses accordées par divers festivals en Europe mais ceux-ci ne tenaient pas compte de la bd québécoise ni des goûts et de la spécificité des lecteurs d’ici. » Notons que le Le Festival de la bande dessinée francophone de Québec – aujourd’hui nommé QuébecBD – s’est doté dès ses débuts en 1988 d’un prix, toujours remis à ce jour : les Bédéys Causa. Aussi, durant sa courte vie (1991-1993), le Festival de la bande dessinée de Montréal a remis le prix Albert Chartier, créé par les membres de l’ACIBD. Bien que M. Mayeu ne fait nullement mention des prix susmentionnés – une omission qui fait la part belle à Promo 9eArt ? -, l’Histoire nous rappelle à l’ordre.

Que sait-on des critères de sélection des Bédélys ? Comment le jury procède t-il à l’exercice de votation ? Qui sont les membres du jury ? Se renouvelle t-il ? Quelques bibliothécaires passionnées pilotent avec enthousiasme le prix jeunesse, dont le jury dans ce cas-ci est exclusivement composé de jeunes lecteurs. C’est à peu près tout ce que j’en sais.

Car outre une brève description sur le site du Festival BD de Montréal (FBDM), qui reprit en 2019 la diffusion dudit prix, l’exercice semble des plus opaques. Que penser d’un prix qui promeut davantage la confection des trophées que les titres en lice et leurs auteurs ? Mais surtout, que penser du comportement déplacé d’un membre du jury qui s’en prend vertement à l’un des plus grands auteurs du Québec, un gentleman, affable, posé ? Que c’est petit. 

Même s’il se défend de parler en son nom personnel et non celui des Bédélys, sa fonction de jury lui confère une responsabilité morale. Qu’il le veuille ou non. Non seulement son attaque manque-t-elle cruellement de classe, mais elle porte atteinte à l’ensemble des Bédélys, ses bénévoles – dont les bibliothécaires qui font un important travail de médiation auprès des jeunes dans le cadre de cette activité -, ainsi que le FBDM, dont Jean-Paul Eid fut le président d’honneur de la 5e édition en 2016. Le 9e Art Québécois n’en est plus aux puériles et infantiles guerres de clochers. Des artistes de la trempe de Michel Rabagliati et Jean-Paul EId (pour ne nommer que les principaux visés par le « hashtaggate ») font briller le médium hors des cloisons restreintes entre lesquelles fut trop longtemps confiné ce médium. Il est plus que temps que tous s’élèvent au même niveau.

L’avenir des Bédélys ?

Que compte faire le FBDM de cette remise de prix, qui outre son gala annuel, longtemps tenu dans un quasi-anonymat, fut inerte ses 19 premières années d’existence ? L’événementiel, dont fait partie un prix, a pour fonction de dynamiser un milieu et créer un pont entre les différents acteurs du milieu (lecteurs, médias, éditeurs, distributeurs), notamment par le truchement de la production de contenu (billets de blogue, capsules vidéos, baladodiffusion, etc). Il est à souhaiter que sa présidente Johanne Desrochers et son équipe comptent s’y mettre.

D’ici là, la moindre des choses serait que les Bédélys, et donc le FBDM, présentent à Jean-Paul Eid des excuses officielles. Après tout, rien de tout cela n’aurait eu lieu si ce membre du jury s’était gardé une #petitegene.

J’ai dit.